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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/88

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ces bijoux qui devaient défier, dans leur tranquillité sévère, l’imagination microscopique qui les admire, ont parfois la vibration fougueuse de disques lancés, et sont teints de sang comme des flèches.

Oui, le sang du cœur du poète, qui voulait nous faire croire qu’il n’en avait pas, tache à plus d’un endroit les lignes correctes et impassibles de ses Camées. Il y a enfin une âme ici, une âme ingénue et émue dans cet homme voué, disait-il, au procédé ! Il a beau écrire Diamant du cœur, pour dire une larme et vouloir pétrifier tous ses pleurs pour en faire jaillir un rayon plus vif, dans son amour de l’étincelle, l’émotion est plus forte que sa volonté. Son titre est vaincu par son livre ! Ce titre ne dit pas la moitié du livre qu’il nomme. Il en dit le côté étincelant et sec. Il n’en dit pas le côté noyé, voilé et tendre. Les émaux ne se dissolvent pas. Le livre de M. Gautier devrait s’appeler plutôt : Perles fondues, car presque toutes ces perles de poésies, que l’esprit boit avec des voluptés de Cléopâtre, se fondent en larmes aux dernières strophes de chacune d’elles, et c’est là un charme, — un charme encore meilleur que leur beauté !

IV

Telles sont les deux grandes et transfigurantes modifications du talent de M. Gautier, qui passe aujourd’hui de la densité colorée à la densité lumineuse, et dont l’âme finit par se dégager de cette gaîne splendide