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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/68

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prose ; Chateaubriand, qui devait exposer plus tard, sur l’étang classique de Versailles, le berceau de son Moïse, qu’aucune fille de Pharaon n’a sauvé ! Mais en vers, on ne trouve personne. Millevoie mourait de pulmonie, Millevoie, cette faible transition du faux au vrai, qui devait redevenir le faux si vite ! M. Victor Hugo, qui allait être l’Enfant du génie, et M. de Lamartine, qui en était déjà le beau jeune homme, n’avaient pas encore fait entendre, le premier, ces cris sublimes qui ravissaient d’enthousiasme l’âme maternelle de Mme de Staël ; le second, ces soupirs du jeune homme plus puissants que les cris de l’enfant et qui enchantèrent toutes les femmes.

On était en 1815. C’était le commencement du commencement. Et déjà, déjà pourtant, ce Romantisme qui devait éclater quinze ans plus tard, en 1830, avait son Esaü, mais un Esaü qui ne ressemblait pas à celui de la Bible, un Esaü qui avait toutes les grâces de Jacob ! Les premiers poèmes de M. de Vigny sont de cette époque. Chose singulière et qu’on n’a peut-être pas assez aperçue ! Le Romantisme, l’échevelé Romantisme commence dans l’histoire littéraire par des accents d’une douceur, d’une retenue, d’une pureté infinies, en cela ressemblant à ces Grecs, ses ennemis, qui commençaient la bataille par un air de flûte. Rapport piquant dans son contraste ! La littérature du XVIIe siècle, la littérature de l’unité et de l’ordre, et même de l’ordre un peu dur, a commencé par l’indépendant génie de Corneille, impérieux et altier dans son indépendance, et la littérature du XIXe siècle, la littérature de l’indépendance et de la variété et même du dérèglement