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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/49

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Le géant (il s’appelle géant !) prend la lune pour N.-S. Jésus-Christ. Mais où sont ses apôtres, son évangile et son histoire, à cette lune qui remplace le Dieu des mystiques espèces ? Le grossier et l’ignorant Symbolisme de M. Victor Hugo n’a pas vu cela. L’hostie est ronde, la lune est ronde. Voilà ce qui a frappé cet œil de chair, ce sens raccourci ?

… Courbe-toi (dit-il), Dieu lui-même officie ! Et voilà l’élévation.

Et il ne s’entend plus lui-même ! car ce n’est pas Dieu qui officie dans son système, c’est l’attraction ! Et d’ailleurs pourquoi une hostie sans communion, puisqu’il ose toucher à ces formes saintes dans l’intérêt de ses malheureux vers ? Pourquoi même la lune ? Religieusement parlant, le métallurgiste et le cosmocrate de cette poésie devait choisir le soleil pour l’hostie de son Église azur. S’il est quatre-vingt millions de fois plus gros que la lune, qu’importe ? il n’y a que l’ouverture de la bouche qui coûte, et avec M. Hugo, ce n’est pas une difficulté !

Misérable parabole d’un poète épuisé ! Comparez-la, pour savoir ou est la vraie poésie, aux paraboles que sa mère lui faisait lire, quand il avait une mère et une foi ! à celle des lis qui ne sèment ni ne filent, à celles de l’Enfant prodigue, de la Maison nettoyée, du Bon Samaritain, du Mauvais riche, du Grain de sénevé, de la Robe nuptiale, de la Brebis perdue, enfin, à tous ces poèmes du divin Homère des cieux, qui n’endorment jamais personne…