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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/382

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préférer la ballade à toutes les autres formes de la pensée poétique. Pour lui la ballade n’était pas, comme pour M. Hugo, par exemple, un violent essai d’archaïsme, pratiqué par un esprit puissant sur les mots, et qui se joue dans les difficultés pour les vaincre, c’était une des formes les plus sympathiques au genre de génie qu’il avait. Fille du Moyen Age, la Ballade, comme la Légende dont elle est la seconde épreuve, ne peut être abordée que par un poète qui a encore de l’esprit du Moyen Age dans la pensée et de sa vieille foi dans la poitrine. Or, tel est M. Siméon Pécontal. Son livre, distingué partout, renferme plusieurs véritables chefs-d’œuvre. Nous citerons Les Pains et les Roses, Le Drack, Les Deux Baisers, Christel, Karine et La Tentation. Dans ces poèmes naïfs, épouvantés et mystérieux, l’expression ne défaille presque jamais, mais elle défaillerait, que le sentiment intérieur qui y circule et qui les anime suffirait pour nous toucher et pour nous saisir. L’âme est toujours plus que le talent en M. Pécontal. Imbu et pénétré de l’esprit des anciens jours, il a les délicieuses terreurs des superstitions qu’il raconte et la faculté de peindre un merveilleux de fée avec des touches d’opale et d’aurore. Dans Le Drack, où il nous fait passer par toutes les nuances de la peur surnaturelle, il entremêle au pathétique de son sujet des vers charmants :

Ce sont les fleurs les plus étranges

Et des fruits d’un goût sans pareil,

Des orangers remplis d’oranges,

Dans des champs tout pleins de soleil !