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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/377

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venus qui nous tombent sous la main, en ouvrant son poème :

…….. La fortune superbe,

En naissant, me fit don de sa plus belle gerbe.

La richesse embauma mon berceau de ses fleurs,

Et plus tard, quand j’entrai dans les jeux de la vie,

Mon étoile toujours, et selon mon envie,

Monta comme un soleil, — et jamais les douleurs

N’obscurcirent les jours de ma jeunesse verte.

Enfin, lorsque ma vie aux choses fut ouverte,

Quand vint l’ambition dans la maturité,

La fortune toujours se tint de mon côté.

Ainsi je ne suis pas un homme à jeun, j’espère,

Et, quand je pousse un cri, ce n’est pas de misère !

Non ! non ! ce cri n’est point le cri du désespoir !

Le regret douloureux de n’avoir pu m’asseoir

Au banquet des faveurs et des folles richesses.

Ma bouche a bu le vin de toutes les ivresses,

Les femmes ont pour moi déserté leur enfant !

J’ai ravi leur aînée aux plus grandes familles.

J’ai dominé la foule, — et le peuple en guenilles

A voulu dans ses bras me porter triomphant ! Mais tout cela, mon père, a fatigué mon âme

Sans l’user, — tout cela, amour, jeunesse et femme,

La gloire du Sénat, celle des bataillons,

Et le peuple en drap d’or, et le peuple en haillons,

Tout cela m’a bientôt paru fortune aride ;

En le voyant de près, j’en ai trouvé le vide,

Et, déchirant ma robe au fer de mes talons,

J’ai porté mes regards vers de plus hauts jalons ! Depuis, dans l’infini mon âme se promène,

Vingt fois j’ai fait le tour de la science humaine !

Et remué partout pour voir ce mot caché

Que tant d’autres souffrants ont, avant moi, cherché !

Mais en vain. J’ai couru pour trouver mon rivage

A tous les vents du ciel. — A mon dernier voyage