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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/373

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Salut à vos soixante et dix !

Car si la logique est certaine,

En vérité, je vous le dis,

Vous dépasserez la centaine !

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Et vous pourrez, selon le mot

Du bon poète que j’adore,

Sur le tombeau de plus d’un sot

Plus d’une fois compter l’aurore !

Croyez-vous qu’un recueil de poésies, dans cette intonation joyeuse, ne vaudrait pas bien les Festons et les Astragales d’aujourd’hui ? Il est d’autres Festons que M. Louis Bouilhet peut faire : ce sont ceux que faisait si bien son compatriote Saint-Amand… La gaieté, cette fleur charmante de la vigueur de l’esprit, blanche et rose comme celle des pommiers de notre pays (ne sommes-nous pas Normands, M. Bouilhet et moi ? ) je l’ai vue, une ou deux fois, sous les entortillements sérieux des Festons et des Astragales de M. Bouilhet, comme on voit parfois briller une rose naturelle sous le luxueux voile de dentelle noire, moucheté d’or, des Espagnoles du Mexique. Eh bien ! je voudrais la voir sans le voile.

Que la gaieté soit l’originalité de M. Bouilhet, l’originalité qui lui manque. Ce sera de l’originalité deux fois, car notre pauvre monde est bien triste, et ce n’est pas avec la mauvaise foi et la mauvaise humeur de l’ironie que nous disons comme la mère Jourdain du Bourgeois gentilhomme : « Oui, vraiment nous avons grande envie de rire, grande envie de rire nous avons ! » Chez nous, cela est sérieux, cette envie-là.