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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/351

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pour toute gloire et pour tout génie, à faire d’éternelles variations ! Malheureusement ce sont ces variations qui manquent dans Merlin au vieux sujet d’Ahasverus. Ahasverus ou Merlin ! Peu importe que le fond de ces deux ouvrages soit, sous deux noms différents, le même prétexte ou le même procédé pour nous faire voir le monde merveilleux ou historique des légendes et nous réverbérer, en le concentrant dans notre âme, ce prodigieux panorama ; mais il importe fort pour le mérite du poète et son progrès, pour l’intérêt et pour l’émotion du lecteur, que la forme et la manière de l’un ne soient pas par trop identiquement la forme et la manière de l’autre !

Or c’est là ce qui est arrivé. Si au moins, se dit-on, sous le coup de cette identité de manière, M. Quinet avait écrit Merlin en vers ; par cela seul, Merlin eut été autre chose qu’Ahasverus. Mais depuis la tentative de Napoléon, M. Quinet n’a pas osé revenir au vers. Ce jour-là, et sur un sujet qui n’a eu que ses Pindares d’un moment, comme dit orgueilleusement M. Quinet, mais qui attend toujours son poète épique, M. Quinet, qui croyait l’être, eut l’audace du vers, mais il n’en eut pas la réussite. Il se brisa à plat contre cette langue difficile à manier, quand on n’est pas un poète dans toute la force du mot, et M. Quinet apprit ainsi qu’il ne l’était pas. Certes, je ne doute point que ce n’ait été là pour lui un étonnement douloureux. Je ne doute pas qu’il n’ait été bien triste pour lui de renoncer au vers, dans le dernier efforcement de sa maturité, pour se délivrer de cette épopée dont il est toujours gros. Car, s’il n’est pas un poète, cet épique M. Quinet, il a en lui des fragments, des tronçons de