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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/35

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beaux cris paternels passant à travers l’emphase et la poussée d’images qui obsèdent l’esprit de M. Hugo, nous avons tout loué dans son volume d’Aujourd’hui… Otez le livre Pauca meœ, consacré au deuil de sa vie, vous n’avez plus dans les livres qui suivent — En marche — Au bord de l’infini — qu’un horrible fatras incohérent et furieux, et où le sublime prend par le grotesque et s’y arrête… Nous parlions d’invention, celle de M. Hugo consiste à charrier des mots dans les mille rails du rhythme et à jouer à des bouts rimés de colosse aveugle, comme ceux-ci :

Génie ! ô tiare de l’ombre !

Pontificat de l’infini ! L’un à Pathmos, l’autre à Tyane,

D’autres criant demain, demain !

D’autres qui sonnent la diane

Dans le sommeil du genre humain ;

L’un fatal, l’autre qui pardonne ;

Eschyle en qui frémit Dodone,

Milton ! songeur de Whitehall ;

Toi, vieux Shakespeare, âme éternelle,

O figures dont la prunelle

Est la vitre de l’idéal ! Nous parlions de Ronsard, mais M. Hugo n’est plus même Ronsard : il est Dubartas. Comme Dubartas, il accouple les substantifs, ce qui est le péché contre nature dans la langue. Il dit le bagne lexique, la borne Aristote, la lanterne esprit, l’Aigle Amérique, la cage césure, la dupe dévouement, etc., etc. Il se place résolument en pleine barbarie. Son style a tous les désordres de sa pensée. Ce que dit la Bouche d’Ombre,