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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/338

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délicate manière d’être », comme dit Henri Heine, avec tant de profondeur, et qui sont les grands Élégiaques. M. de Châtillon est dans la poésie contemporaine un Chevalier déshérité, comme Hégésippe Moreau y est un Bohême. Seulement, cet Ivanhoë de la poésie, ce chevalier de la race des premiers Croisés, porte une autre croix que ses ancêtres. Il porte la croix de la vie moderne sans la rejeter et sans la maudire, et il est plus calme, ce fils des preux, qui a tout perdu, fors l’honneur, et qui, par la poésie ou l’art, rentrera peut-être quelque jour dans l’héritage de gloire des ancêtres, il est plus calme que ce va-nu-pieds d’Hégésippe, qui n’a jamais rien eu que ses beaux pieds nus de pasteur grec. Vous vous le rappelez ? Ce Mauvais Garçon voulait brûler Paris et jouait avec une torche :

… Ma jeunesse engourdie

Pourra se réchauffer à ce vaste incendie !

M. de Châtillon ne veut d’incendie que sur les bords de la coupe qu’il allume quelquefois, pour y boire l’illusion, dont la flamme légère est l’image. Pour lui, les rayons du soleil couchant, quand il va à Mortefontaine, lui refont son blason perdu, son blason de gueules à trois pals de vair, au chef d’or, et j’aime jusqu’à cette Mortefontaine, harmonie de plus dans cette mort de toute splendeur, qui est maintenant la vie du poète ! M. de Châtillon, comme un vrai poète, se console de tout avec le soleil ! Consolation qui n’est jamais complète, et c’est son charme, — un homme consolé est presque aussi plat qu’un homme heureux,