Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/309

Cette page n’a pas encore été corrigée


l’orner, — le plastique, par Chasseriau, gravé sur acier par Flameng, le littéraire, par M. Théophile Gautier, et gravé sur velours, celui-là ! — n’étaient probablement pas prêts. Du reste, on peut se consoler de ce retard. Il est peut-être plus intéressant de remonter le courant d’une vie ou d’une pensée que de le descendre ! Il est peut-être, pour la Critique aux besognes routinières, plus piquant de tourner le dos à l’œuvre dernière, qui n’est bien souvent qu’une redite de ce qu’on avait mieux dit déjà, quand le génie, qui monte à chaque œuvre dans une assomption plus haute, n’y est pas, et de s’avancer à travers les succès équivoques et les œuvres laborieusement manquées, vers le premier instant du début heureux, cette fleur d’amandier qui n’a qu’un jour, la première fraîcheur de la source ! « II n’y a de beau que les commencements », a dit une femme qui savait que le génie de son sexe n’est pas plus durable que sa beauté, et c’est cette beauté des commencements, c’est cette loi qui fait, chez la femme, quand il a le plus l’air d’exister, quelque chose d’aussi délicat, d’aussi fragile et d’aussitôt passé que l’humidité de ses yeux et le rose de sa joue, c’est cette loi que va nous démontrer aujourd’hui le volume de poésies de Mme de Girardin, qui furent ses commencements, à elle !

  • On trouvera Mme de Girardin, jugée comme écrivain, dans notre volume intitulé : Les Bas-bleus du XIXe siècle. Ici, elle est poète, elle n’est pas bas-bleu. Chez la femme comme chez l’homme, la poésie est une vocation, et le bleuisme, c’est toujours plus ou moins la grimace d’une prétention impuissante.

En effet, ces commencements ne furent pas simplement beaux, ils furent magnifiques. Rappelez-vous le moment de l’entrée dans la célébrité de Mme de Girardin, alors Mme Delphine Gay. L’histoire militaire venait de finir et l’histoire littéraire allait naître. Mme de Staël, ce grand poète en prose, — comme on peut l’être en prose, — qui avait fait chanter Corinne,