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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/299

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entre des bergers, c’est-à-dire des créatures qui parlent, et non pas entre des créatures inanimées et muettes, mais je n’en vois pas moins là une défaillance dans la perfection de l’artiste le plus pur de l’Antiquité.

III

Les Idylles héroïques de M. de Laprade se divisent donc en trois poèmes d’une certaine haleine, comprenant des récits et des dialogues grossièrement attachés les uns aux autres, ainsi que nous venons de l’expliquer. Nous avons déjà nommé Konrad, le plus considérable et le meilleur de ces poèmes. Les deux autres s’appellent Franz et Rosa mystica. Ces trois poèmes, d’une donnée que tout le monde trouverait sans peine, sont évidemment des prétextes pour peindre la vie des champs et les sentiments, et jusqu’aux vertus que, selon le poète, elle inspire.

Le poète, qu’il le veuille ou non, qu’il y pense ou qu’il n’y pense pas, est un lakiste, un lakiste attardé qui mêle la description, la description éternelle à l’éjaculation lyrique, et qui malgré ses prétentions à la force, à l’expression simple et à pleine main, a parfois les gaucheries et les vulgarismes de Wordsworth sans en avoir la longue et magnifique rêverie… M. de Laprade veut être naïf ; mais on ne veut pas être naïf, on l’est quand on peut. De nature, il est bien plus solennel qu’autre chose, monté haut sur pattes, échassier,