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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/285

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des pigeons pattus imitateurs ! Voilà, disons-le lui nettement, le défaut de M. de Gères !

Il n’imite pas pour imiter, mais il rappelle les poètes de son temps, et il les rappelle parce qu’an lieu de s’isoler d’eux il s’y associe ; parce que vivant intellectuellement avec eux, il les sent trop, les connaît trop et trop les aime. Imagination qu’aurait préservée l’ignorance et qui n’était pas assez forte pour résister à la culture, M. de Gères ne sait pas ou peut-être a-t-il oublié que la fraternité tue les poètes autant que les peuples, et qu’ils doivent ressembler, pour être aussi impressifs qu’elle, à cette Tour seule qu’il a si bien peinte et chantée dans une de ses poésies le plus genuines par la rêverie et par le rhythme :

Au faîte où le sentier se plie

Et plonge vers l’autre vallon,

Droite sur son dur mamelon,

Qu’au paysage rien ne lie,

Sans arbre, sans maison autour,

Sans voisinage qu’une meule,

S’élève, muette, la tour

Seule !

C’est ainsi, en effet, que s’élèvent les poètes. Seulement ils ne sont pas muets, eux, et leur meule, le plus souvent de pierre, ils l’ont au cou ou sur le cœur…