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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/280

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temps, si tristement émasculé. Eh bien ! en vérité, c’est trop. C’est trop, et cependant ce n’est pas tout. Dernièrement, un Critique optimiste, un de ces Critiques bienveillants dont M. Autran parle dans sa préface, remontait des mérites de M. Autran aux mérites poétiques du XIXe siècle, et dénombrait pompeusement les genres de vers que le XIXe siècle avait inventés, à peu près, il est vrai, comme M. Autran a inventé la mer dans ses poèmes. Il y avait le vers lyrique, le vers descriptif, le vers saltimbanque ; et, en effet, celui-là est particulièrement de notre temps.

En voyant tous ces trésors, le Critique optimiste pantelait d’admiration. Mais il ajoutait que le vers de l’avenir et le vers qui caractériserait la poésie du XIXe siècle serait à peu près le vers de M. Autran. A ce compte-là, la poésie s’enterre comme les hommes dans quatre planches de sapin mal rabotées et mal jointes… Mais vraiment, quoique nous ne soyons pas enthousiaste fou de notre siècle, nous ne croyons point à cette prophétie, et nous avons voulu nous inscrire en fait et en faux contre elle par un doux haro… sans clameur !