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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/277

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et disloque, tombe de dix degrés dans cette trivialité supportable et de ressemblance, à la scène, dans la bouche d’une servante comme Dorine ou d’un vieux bourgeois comme Gorgibus, mais devient dans un poème où le poète parle toujours, d’une incomparable platitude. Voulez-vous un échantillon de cette langue qui a pour visée la simplicité et qui atteint au-dessous ?

Et Thérèse, à ces mots, levant vers lui son œil,

pour ses yeux, probablement, car dans le poème, Thérèse n’est pas borgne.

Elle, de son côté, remarquait sa figure,

Sa taille, sa pâleur ; teint de funeste augure.

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Vous qui savez les lois, vous nanti de science,

Venez guider un peu l’humble inexpérience !

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Dans ce noir Lubeston, chargé d’antiques bois,

Le tonnerre et les bois mugissaient à la fois,

Le ciel y ruisselait, immense cataracte,

Quelle vie, à cette heure, en fût sortie intacte ?

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On rapporte qu’un jour, au plus fort de l’hiver,

Entrant chez un vieillard malade et peu couvert,

Quelle charmante litote ! malade et peu couvert ! Quelle pudeur pour dire nu probablement ! Non sordidus auctor ! Rappelez-vous Horace !

De sa propre dépouille il vêtit sa misère

Et revint sans habit, ainsi qu’un pauvre hère !

Ah ! le pauvre hère, c’est le poète, le poète attaché