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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/276

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IV

Il aurait peut-être été un prosateur estimable, qui sait ? mais il ne l’est point, à coup sûr, dans cette prose où les vers se sont mis, comme disait Rivarol, car où les vers se mettent, la prose n’est plus. Le prosaïsme n’est pas de la prose. Les Laboureurs et Soldats de M. Autran sont deux poèmes distincts, des poëmes d’une invention si simple qu’on retirerait et réduirait à rien par l’analyse et où tout est de mœurs modernes et dans le détail. Ce sont deux très-petits romans, en vers. Ce genre de poésie que M. de Lamartine inaugura en France par son poème de Jocelyn existe depuis longtemps en Angleterre, pays du roman sous toutes les formes, et il exige une expression d’autant plus idéale et plus puissante, que les faits qu’il retrace, les sentiments et les habitudes qu’il reproduit sont plus près de nous.

Quand on n’a pas les lointains de la perspective, il faut le double de l’expression. Il faut l’énergie de Crabbe, par exemple, pour donner à une histoire de ferme ou d’hôpital le relief, la profondeur et l’intimité de vie sans lesquels la poésie n’est qu’une rimaillerie plus ou moins perfectionnée. M. Autran, qui n’a pas le don de peindre, qu’on ne pourrait pas même nommer le Ponsard de la description, n’est véritablement qu’un rimeur dont le vers copié de facture, le croirait-on ? sur celui de Molière qu’il énerve, affadit