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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/274

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des tours d’adresse. Il est littérairement infortuné. Figurez-vous un bœuf obligé à tricoter une bourse de perles. Encore une fois, il est de salutaire exemple de le dresser aujourd’hui comme une objection devant la théorie des travailleurs, — des hommes de peine en littérature. C’est le poète du labor improbus dans sa gloire manquée. Il a pris de la peine et il en fait.

III

Tels sont les défauts de M. Autran, et comme les défauts d’un homme entrent plus profondément peut-être dans sa manière que ses qualités, telle est aussi sa manière. Évidemment, il n’est pas un poète à la hauteur des sujets qu’il a su choisir, et nous disons choisir à dessein, car les sujets ne s’emparent point de M. Autran comme ils s’emparent des véritables poètes, dont la préoccupation, la rêverie, les pentes d’esprit, sont irrésistibles, et qui sont saisis par le sujet, comme par l’inspiration elle-même. Dans l’inutile préface qui précède ses poèmes, M. Autran nous a fait le petit ménage de son esprit. « Quand, il y a dix-huit mois, dit-il, je publiai Les Poèmes de la Mer, quelques-uns de mes bienveillants critiques exprimèrent le désir (oh ! oh ! ) de me voir quitter par intervalle (ce n’est donc qu’un instant) les régions purement lyriques pour aborder le terrain de la réalité. » Et il ajoute, en chiffonnant une idée juste : « A l’origine des littératures, les scènes de la