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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/263

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diffèrent bien plus que leurs fleurs. Hégésippe Moreau est ardent toujours, et parfois sinistre, sous es siennes, qu’il a tuées en les respirant. Ce n’est, lui, ni un riant ni un mélancolique. C’est plutôt, dans ‘la grâce d’une jeunesse qui fait tout pardonner, un de ces terribles mauvais garçons dont les guenilles ont soif de splendeur et qui serait un magnifique Sardanapale de la canaille dans le pillage du genre humain ! Ceux qui s’obstinent à voir un bel élégiaque dans Hégésippe n’y connaissent rien. Il pleure, — oui, — mais c’est de rage, comme cet enfant gâté jusqu’au délire, qui voulait qu’on mît à sa toque deux étoiles du ciel.

C’est au contraire M. Pierre Dupont qui est, de tempérament, un élégiaque et même un idyllique ; mais cet élégiaque et cet idyllique a pris son talent naturel entre deux imitations, comme on prend sa tête entre deux portes, — l’imitation de ce Béranger qui est un bourgeois et de cet Hégésippe Moreau qui est un bohême, — et entre ces deux fils des villes, il a fourvoyé le paysan !

Et, je l’ai dit déjà, s’il l’était resté, il se serait peut-être élevé jusqu’à Burns, Burns, cette branche de houx qui est le laurier de l’Écosse, Burns, le plus vrai des hommes dans son tartan vert, le poète à la grande bonhomie paysanesque, aux teintes brunes, sobres et profondes, à la mélancolie tout à la fois si sceptique et si superstitieuse, dont le charme est pour moi sans égal, enfin à l’humilité du détail, qui n’en est pas la crudité, comme paraît le croire M. Pierre Dupont. Assurément, il y a du Burns sous son écorce, du Burns qui c’est pas encore sorti de