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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/262

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III

Mais ce que Béranger, qui a tourné le dos à son talent pendant la plus grande partie de sa vie, n’avait pas prévu, M. Pierre Dupont, qui a imité Béranger, ne l’a pas prévu davantage, — non plus que ne l’a prévu un troisième poëte, qu’il imite aussi et dont la Muse a une bien autre aile que celle de Béranger, quoiqu’avant son entier développement le malheur, hélas ! l’ait cassée. Celui-là, c’est Hégésippe Moreau. Hégésippe Moreau, le Villon solitaire de cette époque impie, ce truand qui est quelquefois délicat comme une jouvencelle, ne serait point compté dans l’histoire littéraire, s’il ne s’était pas affranchi de la politique et de l’imitation de Béranger, qui furent sa double balbutie, par quelques pièces, éternelles et humaines, d’un accent profond comme la misère, la convoitise et la faim ! Certes, malgré la grande bouche de son buste, M. Pierre Dupont me paraît légèrement chétif en comparaison de ce robuste jeune homme qui aurait mordu, avec ses dents si belles, dans toutes les jouissances de la civilisation et de la vie, comme dans un morceau de pain blanc !

L’imitation de M. Pierre Dupont, qui joue à l’affamé, ne fera jamais comparer aux connaisseurs l’auteur du Myosotis et l’auteur des Véroniques, si ce n’est pour noter les différences de leurs deux génies. Ils