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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/251

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Et on n’oubliait pas surtout la fameuse strophe :

Non loin quelques bœufs blancs couchés parmi les herbes
Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais
Et suivent de leurs yeux languissants et superbes
Le songe intérieur qu’ils n’achèvent jamais !
……………………………………………


Mais, quoique cela fût évidemment d’une grande touche (et je dis touche à dessein), l’enthousiasme s’achevait comme la pièce elle-même. Ce n’était, après tout, qu’un tableau, et il n’y a que cela dans ce volume qui ose bien s’appeler Poèmes ; il n’y a que des tableaux, et des vignettes quand il n’y a plus de tableaux. On parla de Poussin, on parla d’Ingres, on parla aussi de Delacroix, quand M. le Conte de L’Isle fit les Jungles et peignit les bras d’ambre de ses femmes et le tacheté de ses panthères. Mais quel triste destin pour un poète d’être comparé même à de grands peintres dont il n’est jamais avec les mots que le pâle reflet ! En vain disait-il avec une impuissante magie :

Viens, le soleil te parle en lumières sublimes !
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin,


on ne s’y absorbe que quand on est plus petit qu’elle. Or, l’âme est plus grande qu’un soleil. La pièce, superbe comme description, finissait par des bêtises panthéistiques. L’auteur y parlait de la divinité du néant :