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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/24

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personnages semblait s’élever au-dessus des vulgarités de la vie, le vers n’a jamais chez le poète d’Hernani et des Burgraves cette destination grandiose. Sous cette plume qui n’exprime qu’elle-même, le vers n’est plus qu’un jeu difficile de la fantaisie qui veut étonner et trop souvent déplaire, et qui le jette à la curiosité qui l’admire. En restant dans le monde des esprits passablement organisés, il n’y a guère que M. Hugo et ses amis qui sachent les vers de M. Hugo. Cela était vrai déjà en 1830, et cela a continué de l’être depuis. Seulement, à dater des Contemplations, nous le prédisons, il faudra des dévoûments absolus, des dévoûments de famille, et de famille romaine, pour porter la lourdeur de pareils souvenirs !

Aujourd’hui, en effet, M. Victor Hugo est arrivé, même dans la confection plastique de son vers, à ce degré d’individualisme solitaire qui est la dépravation la plus entière de la pensée. Nous citerons tout à l’heure des exemples de ce développement, effrayant dans le faux, qui fait de l’auteur des Contemplations, non plus un poète, comme celui des Orientales et des Feuilles d’automne, ayant ses défauts très-grands et très-nombreux, mais un phénomène à embarrasser tout le monde, le critique, le physiologiste, le moraliste et le médecin. Nous citerons beaucoup, pour être cru dans nos affirmations absolues, mais ce que nous citerons n’est rien encore en comparaison de ce que nous ne pouvons pas citer. Le talent de M. Hugo, auquel la concentration est inconnue, a toujours eu besoin de place pour se mouvoir, et c’est même une des raisons de M. Hugo pour se croire un Léviathan poétique, mais aujourd’hui la difformité de ce talent, disproportionné