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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/237

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faut-il désormais nous attendre, car il n’y a que des spectacles dans ces vers sans pensée et sans cœur ? … Le malheureux poète, dont le matérialisme grandit chaque jour, a retenu des dons de sa jeunesse la sensualité trempée de larmes, cette mélancolie des organes lassés ou épuisés qui a la grâce de toute tristesse, car toute tristesse, fût-ce la moins noble, nous sied plus que la joie, tant nous sommes faits pour la douleur ! Mais nul sentiment, venant de plus haut ou de plus profond qu’un épiderme, rougissant ou pâle, ne passe dans cette langue ouvragée comme une cassolette pour contenir, à ce qu’il semble, les plus immatériels éthers de la vie, et qui ne gardera pas même cette goutte de larmes moins pure ! Que disons-nous ? Cette langue elle-même qui était naguères la gloire de la poésie de l’auteur des Odes, celte langue arrachée au XVIe siècle par un travail d’imitation énergique et passionné, n’a plus dans les Odes funambulesques d’aujourd’hui que des destinations étranges. Des concetti de l’Italie de la Renaissance, elle est tombée sous une plume éperdue et perdue de souplesse, dans l’abjection de la farce grossière, des quolibets et des calembourgs du XIXe siècle.. Ah ! nous aimions mieux les vieux concetti ! Plaisanterie ! dit-on, oui, il y a une plaisanterie. Il y en a une, poétique, éternelle, en dehors de l’observation et des cruautés de l’ironie, il y en a une qui a des ailes comme les Oiseaux d’Aristophane et qui monte vers le ciel, semblable à l’alouette, dans une spirale harmonieuse, mais c’est précisément celle-là, diaphane, intelligible et ravissante, que le funambulesque actuel voulait avoir et qu’il a manquée. La sienne, à lui, est,