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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/236

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deux mains, à deux pieds, de tout son corps, qui est toute son âme ! II y plonge, il s’y baigne, il s’y berce et, qu’on nous passe le mot, il y pique d’épouvantables têtes, car avec l’homme qui a eu l’idée, — cette idée de sauteur, — d’unir Mme Saqui et Pindare et d’ajouter à cet auguste nom d’Odes l’épithète de funambulesques, il faut parler la langue de sa prétention ou de sa manie et montrer ce que l’acrobate a fait du poète dans cet homme là ! Ah ! certes, le poète y était ! Puisqu’il a résisté si longtemps aux gymnastiques assassines pratiquées sur les organes de son génie, c’est qu’il était né plein de force, fait pour croître, robuste et gracieux, dans la simplicité et dans la lumière, semblable à l’Astyanax nu du tableau, au bonnet d’azur, parsemé d’étoiles ! Aujourd’hui, à travers l’indécent oripeau dont il a souillé sa nudité chaste, à travers les pirouettes du clown qui joue Ariel, — mais qui pouvait l’être et qui ne l’est plus, — il y a encore un faible reste de la lueur égarée qu’aimait Goëthe sur le front morbide de Mignon. Mais à cette lueur, toujours de plus en plus défaillante et qui sera évaporée demain, on voit mieux le meurtre lent et détaillé de l’enfant sublime et l’on juge des horreurs de cet infanticide, maintenant à peu près accompli !

En effet, quel livre peut nous donner le poète en question après ces Odes funambulesques, le dernier mot de sa manière, de cette manière qui commence au trépied de Pythonisse grecque, sur lequel s’était juché Ronsard, et qui s’en va finir parmi les queues rouges du tréteau ? … Quelles poésies nouvelles sur la corde raide, sur la corde lâche et sur le fil d’archal, devons-nous subir encore ? Et à quels spectacles inférieurs