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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/23

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grands et profonds, qui ont toujours distingué le vers, dans les œuvres lyriques ou dramatiques de tous les âges. Et ce n’est pas tout. A une certaine hauteur d’Épopée, le vers exige même la foi des Prophètes, un cercle dans lequel il se meuve, surnaturel et national, le palier des temples, une chorégraphie, un front d’Aruspice levé vers le ciel, le cothurne et sa dignité, la magnificence liturgique et processionnelle des Chœurs. On comprend, après de pareilles exigences, qu’on appelât autrefois la poésie « le langage des Dieux ». La métaphore était justifiée. Il fallait le grossissement de ce front d’enfant, cette hypertrophie de l’orgueil, il fallait l’individualité, pour rabaisser ce divin et vaste langage jusqu’aux grêles proportions de l’homme isolé. Le vers moderne est fait en horreur de ces lois et de ces coutumes que nous venons de rappeler, et le vers de M. Hugo est le vers moderne par excellence dans sa grossièreté insolente et sa turgescence de Titan raté. Du langage des Dieux, il trébuche et tombe (nous sommes moins brave que M. Hugo avec les mots) dans la langue osée et plate des goujats, et c’est même là son mérite, selon la poétique de M. Hugo :

Je nommai le cochon par son nom — pourquoi pas ?

Le vers qui favorise l’expansion lyrique de la réflexion, que Shakespeare, réclamé un, peu trop par toutes les bâtardises modernes à qui la recherche de la paternité devrait être interdite, que Shakespeare, qui n’est pas le père de M. Hugo, introduisait tout à coup dans ses drames en prose, lorsque l’âme de ses