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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/224

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le clown d’un cirque. Ce n’est pas un Benserade supérieur, un Benserade transcendant, qui trace des rondeaux dont le rond n’est qu’un petit cercle. Les siens sont des orbes superbes qui se rétrécissent ou s’élargissent dans un mouvement qui nous fait dire en souriant : « Serait-ce enfin le perpétuel ? » tant ces tourbillons éblouissants semblent inépuisables ! Ordinairement la difficulté, quelle qu’elle soit, dans les choses de ce monde, se conçoit comme une pointe, — comme la vérité, cette pointe écachée, de Pascal. Mais pour l’auteur des Colifichets, ce vainqueur de difficultés, la difficulté qu’il aime à vaincre, il lui communique une ampleur immense, et il la décuple de cette ampleur. Ainsi les pièces du volume les plus hérissées de difficultés et qui en paraissent comme fantastiques, c’est Le Voyageur, poëme géographique ; c’est La Fontaine de Jouvence, poëme hydrothérapique ; c’est Le Nain, c’est L’Égoïste, que l’auteur appelle une folie ; c’est Pan, c’est L’Idylle du Financier et de la Bergère ; c’est La Chine, c’est Blaise et Rose, une idylle réaliste, en style marotique, et ces pièces ont une étendue qui les rend impossibles à citer. L’espace d’un chapitre n’y suffirait pas.

Les autres pièces du recueil, celles qui paraissent moins un défi à la langue, défiée, mais comme une maîtresse qu’on adore et qu’on veut voir triompher, l’Ave Maria, si beau même après celui de lord Byron, la Petite ode aux petits oiseaux, Le Grand théâtre, la Musique, les Saisons en quatre chants, Pygmalion, les Trois crimes, Le Bain, etc., etc., moins longues sans doute, mais longues encore, sont d’une jointure d’ensemble qui ne permet d’en rien détacher. Il reste