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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/22

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l’autre Ronsard, d’une école qui n’a pas vécu. Ronsard se crut un inventeur parce qu’il grécisait en français, — comme on disait alors, — et M. Hugo se croit inventeur à son tour, et un inventeur colossal, parce qu’il a retrouvé quelques formes perdues du XVIe siècle ! Imitation et archaïsme des deux côtés ! L’Archaïsme, qui était un système pauvre et faux, et qui devint en Ronsard une véritable monstruosité de manière, le perdit misérablement, et la même chose, le système, le parti pris, la pénurie de cerveau qui fait que le système ne se modifie pas, qu’il est identiquement le même en 1856 qu’en 1830, l’adoration de sa manière, parce que c’est l’adoration de sa propre personnalité, perdront également M. Hugo. Comme Ronsard, en deux générations, il sera illisible ! Que disons-nous ? Après Les Contemplations, sans l’esprit de parti politique et la curiosité contemporaine, il le serait déjà.

Ici, puisqu’il s’agit d’un homme dont la prétention, horriblement avortée, est d’être un inventeur en vers, il est nécessaire de ressusciter la conception de la vraie poésie. Classique ou non, les lois du vers semblent devoir se coordonner aux conditions physiologiques de la mémoire. Depuis qu’il y a des peuples et des poètes, on versifie pour graver dans le souvenir des hommes les choses qui ne doivent pas périr. Suivant les temps ou les circonstances, le vers est du style hiératique. Il a une portée nationale, c’est une prédication officielle. Hémistiches alternés et pondérés, balance exactement équilibrée, périodes mesurées, sévérités rhythmiques, splendeur de vocabulaire, majesté d’images, voilà les caractères essentiels,