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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/215

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domine le spectacle. L’ironie de sa parole, la revanche de Dieu y vibre si fort que c’est plus terrible à entendre que l’enfer n’est hideux à voir !

Malheur à vous qui, sur la terre,

Ayant le choix, avez opté,

Non pour une existence austère,

Mais pour la douce volupté !

Enfants gâtés de la paresse,

Dans une coupe enchanteresse,

L’amour vous versait son ivresse,

Les fleurs jonchaient tous vos chemins !

Mais vous allez, contraste horrible !

Pour un bonheur imperceptible,

Souffrir un mal intraduisible

A tous les langages humains !

………………………………………………..

Oh ! la terre aux moites ondées !

La brise caressant les fleurs !

Et les campagnes fécondées

Que l’aube arrosait de ses pleurs !

Oh ! les verdoyantes savanes !

Le bain dans des eaux diaphanes

Que les saules et les platanes

Bordaient d’un mobile rideau !

La voûte des forêts ombreuses !

Le frais des grottes ténébreuses !

Les fruits aux pulpes savoureuses !

Oh ! seulement un verre d’eau ! Un verre ? pas même une goutte

Pour votre palais desséché.

Ah ! vous saurez ce qu’il en coûte

Lorsqu’on a suivi le péché !

Les chaudes vapeurs sulfurines

Par votre bouche et vos narines

Racorniront dans vos poitrines

Vos durs poumons altérée d’air,