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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/209

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Dante, qui a besoin de nous raconter les infortunes de la Pia ou comment les Françoise de Rimini succombent, pour nous intéresser à son fabuleux enfer. M. Pommier n’a, lui, qu’un personnage dans tout son poëme, mais ce héros, c’est la Foule, c’est le Monde, c’est l’Humanité. Pour faire mouvoir cet immense héros, quinze cents vers n’étaient pas assez, si merveilleusement frappés qu’ils pussent être. Ciselé comme la plus belle coupe ou le plus fouillé des manches de poignard de Benvenuto Cellini, l’ensemble du poème a, malgré la vigueur de burin qui le distingue, quelque chose d’exigu et de maigre sur cette mince feuille de cuivre de quinze cents vers. Tout est relatif. En présence de cette notion colossale de l’Éternité et de l’Enfer, l’Imagination exige davantage. Le livre de M. Amédée Pommier rappelle trop ce noyau de cerise autour duquel une des plus grandes artistes de l’Italie du XVIe siècle avait gravé toute l’histoire de N.-S. Jésus-Christ. En vain s’attestait-on qu’il y avait en cette petite chose la force du plus grand génie. En vain la raison le disait-elle après l’expérience. Le sublime a ses lois d’optique, et l’Imagination n’y consentait pas. III

Mais, à part ces défauts qui tiennent à l’incomplet de la notion chrétienne dans l’esprit du poète et au manque d’étendue de son cadre, il n’y a plus qu’à