Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/201

Cette page n’a pas encore été corrigée


Et, — merveilleux retour qu’inspire la prière ! —

La jeune mère pleure en regardant la bière ;

La femme qui pleurait sourit au nouveau-né.

Quel dommage, n’est-il pas vrai ? qu’un peintre de cette adorable simplicité se morfonde dans des miniatures aornées ! Quel dommage qu’un poète de ce faire émouvant et pensé passe dix ans de sa vie à rimer des sonnets comme ce niais, souvent sublime, de Wordsworth, qui, du moins, écrivit l’Excursion, — une œuvre d’ensemble, un grand poème, — et voue sa vie (mais l’a-t-il réellement vouée ? ) à la perfection des choses petites, qui n’est qu’une réussite, un tour de force… ou bien d’adresse, cause d’une sensation très-vive et très-particulière, je le sais, mais qui ne donne pas la suffisante sensation qui nous dit : « Voici le génie ! » L’étonnement n’est pas l’émotion. Un Alhambra fait avec un noyau de cerise serait plus étonnant que l’autre Alhambra, et cependant il toucherait moins. Mystère qui, sans nul doute, tient aux proportions de notre être ! Le génie dans les petites choses n’est plus le génie. De fait, il y perd sa puissance et n’y garde pas même son nom.