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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/163

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hideuse et vengeresse. Elle, la simple et trop souvent la négligée, n’a jamais joué au génie androgyne. Elle n’a jamais posé pour la Muse. Poser, elle ! Ce qui enchante plus que le talent de ses vers, quand elle en a, c’est la plus complète absence de pose. On n’avait donc pas à la poser après coup, elle qui ne s’est jamais posée, et on n’avait pas à se poser, à côté d’elle, dans une de ces biographies d’êtres morts, qui font l’affaire des vivants, car c’est quelquefois une bonne aubaine pour la vanité, sans piédestal, que de se jucher sur un tombeau.

Elle restera donc dans son idéal modeste et mystérieux, celle qui porta comme une couronne sur son autre nom, ce nom poétique et romanesque de Valmore ! Grâce au silence qu’on étend respectueusement sur elle, elle restera sinon beaucoup plus haut que terre, au moins comme une oblique étoile qui fait, au raz de l’horizon, trembler sa lueur ! Eh bien, tant mieux ! Tout d’elle se serait fané… excepté cette goutte de lumière. Dans toute vie racontée, hélas ! il y a des choses qui vieillissent et qui sont deux fois le passé. C’est comme les costumes dans les anciens portraits ! Mais, elle, échappée à la petite toilette de la biographie, comme on échappe aux modes de son temps, si vieilles le lendemain du jour où elles se fanent, elle gagnera de ne nous apparaître que comme la Muse, la Grâce, la Souffrance, dans leurs costumes éternels ! Nous ne saurons rien, il est vrai, de ce qui plaît à la curiosité, cette faculté puérile qui veut tout savoir, sous prétexte que rien n’est insignifiant dans la vie ! Nous ne saurons rien du tous-les-jours de la sienne, ni de ses habitudes, ni de ses goûts, ni de son