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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/148

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fit de lui (il était bien jeune alors) un si étincelant capitaine dans le régiment dont lord Byron avait été le colonel. Presque à partir de cette époque, il avait montré ces facultés dangereusement faciles, souples, variées et résonnantes, qui s’attestèrent par des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, des voyages et des conversations pour lesquelles, hélas ! les sténographes ont trop manqué. Mais le poète se taisait en lui ; du moins le public ne l’entendait pas, et il faut bien le dire à M. Roger de Beauvoir, le poète, c’est la meilleure portion de son être ! Avant d’être un homme d’esprit, avant d’être un conteur intéressant, mouvementé, joyeux ou pathétique, avant d’être un auteur de comédie ou de drame, et même avant d’être Alfieri, avant d’être un Dandy en vers, qui met son gant comme lord Byron ou Moore, il était poète sincèrement, primesautièrement poète, en dehors de toute fausse étude et de toute École corruptrice ! et il l’est resté !

Car, nous en sommes à l’heure funèbre des Écoles ; nous en sommes à l’heure de ces essais de galvanisme impuissant qu’on pratique toujours sur les littératures épuisées. Excepté M. de Lamartine, M. de Vigny et cet Hégésippe Moreau, un André Chénier sans archaïsme, le myosotis qui a dit si divinement ne m’oubliez pas ! et qui sera obéi, tous trois personnels et sincères comme tout ce qui s’écoute soi-même, les Poètes de notre temps se classent en Écoles, et, quel que soit leur talent d’ailleurs, ils ne sont, en définitive, que les attachés d’un système — des poètes de parti pris. Tous, ils ne font des vers que pour réaliser ou caresser telle ou telle forme poétique, non pour