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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/136

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Eh bien ! franchement, nous avons vainement cherché dans ce livre des Consolations cet accent sincère qui traduit, de manière à ce qu’on ne puisse pas s’y tromper, ces deux choses qui sont consubstantielles dans les grands poètes, leur moralité et leur génie, et font du tout, quand on l’exprime bien, ce qu’on appelle une originalité. Une originalité ! remontez donc à l’ORIGINE du mot, c’est toujours de la vérité personnelle ! Toute imitation est un mensonge relatif, car les esprits de néant, sans fécondité et sans initiative, sont des menteurs à leur nature lorsqu’ils prétendent exprimer quelque chose, eux qui n’ont rien à exprimer ! Or ici, dans ces Consolations, M. Sainte-Beuve imite ponctuellement quelqu’un…. Quand il écrivait son Joseph Delorme qui, — l’ai-je assez dit ? —rappelle le René de Chateaubriand, mais vulgarisé, mis à la portée de tout le monde, descendu d’accent de dix octaves et dont le médium, dans Joseph Delorme, nous a si intimement pénétrés, allez, M. Sainte-Beuve, alors poète et observateur, et inspiré pour son propre compte, n’imitait pas Chateaubriand ! Il puisait comme Chateaubriand dans le plein cœur du dix-neuvième siècle.

L’un puisait par en haut dans cet étang de sang, de larmes et de fanges typhoïdes ; l’autre puisait par en bas, mais ils étaient tous deux originaux, tous deux trouveurs, l’un, en nous rapportant son idéale amphore de marbre noir veiné de rose, l’autre son humble cruche de grès, toutes deux remplies de la même vase saignante et des mêmes larmes de l’humanité ! Ce n’était pas la faute de M. Sainte-Beuve, si tout le dix-neuvième siècle n’était que René ! Cet inévitable