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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/135

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un sentiment qui n’est pas de Port-Royal encore, dans Le Crucifix de M. de Lamartine, en prenant la croix sur le sein de la jeune trépassée :

Voilà le souvenir et voilà l’espérance ;

Emportez-les, mon fils !

Nous ne sommes plus un misanthrope, et pour preuve, le poète qui naguère en avait les défiances fait précéder ses Consolations d’un long fragment en prose Sur l’amitié, dans lequel, de réel et de cru qu’il était dans Joseph Delorme, il devient mystique et vaporeux, mais vaporeux d’une vapeur d’encens. Laissera-t-on celle préface dans l’édition du volume qu’on prépare ? Littérairement, la valeur n’en est pas très-grande ; mais au point de vue de la puissance qu’exercent les poètes sur leur pensée, elle a son intérêt et doit, selon nous, être maintenue à la place où elle fut mise pour la première fois. On y verra que le René de Chateaubriand, qui est l’Argan tragique, le sombre Malade imaginaire du dix-neuvième siècle, et dont Joseph Delorme a été une des plus saisissantes variétés, va essayer de se laver de ses impuretés et de perdre ses doutes dans les douces larmes d’Augustin.

Résolution d’art ou de conscience, laquelle des deux ? … Mais vous le voyez ! C’est toujours la terrible question de sincérité qui revient et s’élève, du livre comme de la préface ; terrible, car pour nous, nous l’avons assez dit, on ne peut pas dédoubler la sincérité poétique et la sincérité morale, qui, à elles deux, ne font qu’une seule sincérité.