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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/96

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lui prendre ses plumes qu’on veut tuer le divin oiseau. Oui, on égorge, ou du moins on essaie d’égorger le christianisme, selon cette grande loi de précaution que le plus sûr est toujours d’égorger celui que l’on pille, et la doctrine assassine se revêt de la morale de la doctrine assassinée, et nous soutient que c’est à elle, celle morale volée, dont elle ne peut pas même se servir !

Car la punition des sophistes qui vivent sur les idées chrétiennes, c’est de ne pouvoir longtemps en vivre. Ils sont trop faibles pour les manier. Il faut une sanction à la morale chrétienne, que seul le christianisme a trouvée, et qu’une doctrine humaine, philosophique ou naturelle, ne peut remplacer !

Mais qu’importe du reste ? l’effet est produit, et il s’agit peut-être plus pour M. Jules Simon de tactique que de théorie. La tactique pour M. Simon, c’est la substitution d’un théophilanthropisme, nominalement religieux, aux religions qui furent jusqu’ici l’honneur et la force morale du monde, et c’est cette substitution, qu’il est bon de réaliser sans coup férir et sans danger, sans éveiller les justes susceptibilités de ces religions puissantes encore et en leur témoignant tous les respects ! Platon mettait les poètes à la porte de sa république avec des couronnes ; le Platon de la maison Hachette veut mettre toutes les religions à la porte de tous les cœurs en se prosternant devant tous les sanctuaires. Depuis La Réveillère-Lepcaux, d’inepte et fade mémoire, rien de pareil ne s’était vu. M. Jules Simon est un La Réveillère-Lepeaux, sans les fleurs. Il est, dans l’ordre laïque et philosophique, dans un ordre étendu et profond, ce que fut l’abbé Châtel, dans