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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/94

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pour vouloir seulement discuter cette notion de religion naturelle que M. Simon oppose d’un côté à toute religion positive, et, de l’autre, à toute philosophie. Il doit suffire à la Critique de la signaler. Si cette idée était nouvelle, peut-être faudrait-il l’exposer dans ses menus détails, car toute nouveauté pour les esprits faibles est un charme, mais elle est décrépite, et M. Jules Simon ne l’a pas rajeunie. Dieu trouvé au fond du cœur, quand on l’y trouve ; Dieu inné, étoile inconnue du monde invisible, aimable et brillante, — pas trop brillante cependant, si elle est aimable, — Dieu qui promet par la souffrance et le spectacle de l’injustice une immortalité… probable, et n’ayant pour tout culte qu’une prière qui ne demande rien, par respect pour les lois générales du monde, mais qui remercie, on ne sait trop pourquoi, telle est cette religion naturelle, mêlée d’un stoïcisme incertain qui voudrait bien qu’on lui payât les appointements de sa vertu, mais qui n’est pas sûr de les toucher. Telle est cette religion que M. Jules Simon a rajustée et retapée, comme M. Martin l’Histoire de France, pour l’éducation de la bourgeoisie du dix-neuvième siècle !

Évidemment la notion d’une religion pareille n’est pas trop dure pour la foi, ce ressort rouillé et détraqué qui ne va plus. Elle ne brise pas non plus, sous une difficulté épaisse et accablante, l’esprit qui aime la clarté dans un petit espace. Enfin elle n’enchaîne pas de trop court cette follette chevrette de liberté, la petite bête la plus aimée de cette vieille fille que nous appelons « notre époque » avec tant d’orgueil ! Elle a donc, il faut en convenir, toutes les conditions d’une popularité immense, car il est des temps pour niaiser, — a