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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/64

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dames et est entré dans les pages de madame de Longueville, M. Saisset a baissé infiniment de note depuis le temps où il se croyait un prêtre, et, qui sait ? peut-être un évêque des temps futurs. Sa religion de l’avenir lui paraît en ce moment fort menacée, et le livre qu’il publie est un cri d’alarme, mais un cri d’alarme discrètement poussé, car tout est discret dans M. Saisset, le ton, le talent, et même la peur.

Il a peur, en effet. Et il y a de quoi. La philosophie qu’il adore (sic) est cernée et va mourir un de ces jours, non pas, comme Constantin Paléologue, au centre d’un monceau d’ennemis circulairement immolés autour d’elle, car la philosophie de M. Saisset n’a jamais tué personne, elle n’est meurtrière que de vérité ; mais elle va mourir au milieu d’ennemis chaque jour plus nombreux, plus prompts aux coups et plus puissants… Parmi eux, bien entendu, le Catholicisme est là qui la presse, et non pas seulement le Catholicisme farouche, haineux, théocratique et rétrograde, que hait modestement M. Saisset, mais le doux, le rationnel, le tolérant, que les prêtres des temps futurs souffrent auprès d’eux, en attendant leur propre ordination définitive. Il est assez simple et assez naturel que le Catholicisme soit contre la Philosophie qui veut lui succéder. Mais voici plus étonnant et plus terrible. La Philosophie est attaquée par la Philosophie elle-même. Ses parricides entrailles se retournent contre elle. Tu quoque, fili ! Elle est frappée par son fils Brutus. Le fils Brutus de la Philosophie est le Panthéisme, et ce fils Brutus mérite bien son nom. Il est brute et brutal.