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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/57

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la chair pourrie. » Et encore : « Où que l’homme porte ses pas, il la rencontre (la douleur), statue muette et en larmes, toujours devant lui ! » Rappelez-vous ce qu’il dit une fois de Sainte-Hélène. « Napoléon, le maître du monde, devait mourir séparé du monde par un fossé dans lequel coulerait l’Océan. » II parle quelque part de je ne sais quelle doctrine indigne de la majesté de l’absurde.

Un peu plus, il serait déclamateur, mais il s’arrête à temps et le goût est sauvé. Du reste, rarement fin, et ceci l’honore…, la finesse de l’esprit n’est souvent qu’une ressource de sa lâcheté. Donoso est le courage même. Il a la foi de ce qu’il dit et il ne se baisserait pas d’une ligne pour ramasser tout un monde de popularité, si Dieu le mettait à ses pieds.

C’est le contraire d’un autre Éclatant, de Chateaubriand, sur lequel il l’emporte par la pureté, le calme et la beauté de l’âme, s’il ne l’emporte pas par la beauté de son génie. Il se soucie peu de la gloire. « Je ne veux pas que mon nom résonne, dit-il dans une de ses lettres ; je ne veux pas que les échos le répètent et qu’il retentisse sur les montagnes. Il n’est pas en mon pouvoir d’empêcher mes adversaires de le prononcer, mais je suis résolu à empêcher mes amis de le faire, et c’est le but de cette lettre. »

Et lorsqu’il écrit cela, il est très-vrai. Il est conséquent à ce qu’on trouve partout, à mainte page de ses œuvres : « L’idéal de la vie, dit-il, c’est la vie monastique. Ceux qui prient pour le monde font plus que ceux qui combattent. » Et en effet, lui, l’ambassadeur, qui n’a jamais fait comme Chateaubriand, ce fat d’affaires, ce porteur d’empire sur le bout du doigt, ennuyé à la