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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/52

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est impossible au penseur le plus fort de se justifier tout son respect

Eh bien ! quoique tous ces écrits portent à des degrés différents la marque de ce catholicisme qui finît par s’emparer complètement de Donoso Cortès, et le fit naître à force de le féconder, il saute aux yeux que les plus faibles catholiquement de ces écrits sont, au point de vue du talent seul, d’une faiblesse plus que relative… On voit clair comme le jour, à travers ces écrits, ce qu’aurait été toute sa vie Donoso Cortès, sans ce catholicisme maîtrisant et transfigurateur qui fut le ciel pour son talent. Il serait, sans nul doute, resté, en toutes choses, l’homme de l’incroyable jugement sur Talleyrand, de la France en 1842, et cet homme était un rhéteur ! Il n’y a qu’un rhéteur, en effet, et un rhéteur de la pire espèce, qui puisse comparer Napoléon et Talleyrand et mettre Talleyrand au-dessus de Napoléon !

Oui, cette tache de la rhétorique se serait étendue sur toute la pensée, et la taie eût bientôt couvert l’œil. Cet esprit, né brillant, n’aurait bientôt plus résisté à la tentation d’une seule antithèse. La solidité ne serait pas venue, ni la force simple, ni la sincérité. Le talent de nature aurait grandi, plus ou moins mensonge ou caresse, le talent de grâce n’aurait point paru. Nous aurions eu dans tout son développement le rhéteur qui est au fond, — tout au fond — du talent de Donoso Certes, car il y est, le rhéteur, plus ou moins doué, plus ou moins puissant, ce n’est pas la question, — mais il y est ! Malgré la grâce du catholicisme, la Critique l’y voit encore sous cette grâce qui a tout dompté.