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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/466

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on a faites, depuis, de l’Imitation, mais, le croira-t-on et n’est-ce pas là une de ces choses qui vont paraître d’une singularité un peu forte à beaucoup d’esprits ? supérieur au texte même si vanté de l’original.

En effet, l’Imitation de Jésus-Christ est regardée presque par tout le monde comme un incomparable chef-d’œuvre. Ce livre de moine, écrit dans le clair et profond silence d’une cellule, a rencontré la Gloire, cette fille de la foule et qui passe comme sa mère (Sic transit gloria mundi), mais qui, pour lui, s’est arrêtée. Ce n’était pas assez. De la gloire à la popularité, il n’y a que quelques marches… à descendre. De glorieux, le livre est devenu populaire. Et ce n’était pas assez encore, il a pris les colossales proportions d’un lieu commun.

Or, le lieu commun, cette chose respectée, c’est la gloire devenue momie, c’est son embaumement pour l’immortalité, et qui y touche semble faire du paradoxe et du sacrilège. Nous l’oserons pourtant aujourd’hui, puisque l’occasion s’en présente. Nous oserons regarder dans cette gloire pour en chercher le mot, s’il y en a un au succès d’un livre universellement accepté par les gens pieux et même par les impies.

Les chrétiens, qui veulent, eux, imiter Jésus-Christ, n’ont pas travaillé seuls à ce succès. Les philosophes, qui n’ont pas précisément la même visée, y ont travaillé autant que les chrétiens. Étaient-ils vaincus par le charme qui s’exhalait de ce livre d’une simplicité si pénétrante ? Quelques bonnes âmes un peu badaudes l’ont cru peut-être, mais non, ils n’étaient pas vaincus !