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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/44

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a point de méthode. Son livre de Terre et Ciel est une conversation, à bâtons rompus, entre un philosophe théologien de l’avenir,

C’est moi-même, Messieurs, sans nulle vanité !

et un pauvre théologien catholique (et je vous demande si le catholicisme est bien représenté !) lequel laisse passer fort respectueusement toutes les bourdes, dirait Michel Montaigne, de l’auteur de Terre et Ciel, absolument comme on laisse passer, en se rangeant un peu, les boulets de canon auxquels il est défendu de riposter. Vieux livre sous une peau nouvelle, l’ouvrage de M. Jean Reynaud a emprunté jusqu’à sa peau. En effet, c’est l’opposition et la caricature de ces Soirées de Saint-Pétersbourg, dans lesquelles l’auteur esquive aussi la difficulté d’une exposition méthodique par cette forme trop aisée du dialogue, mais, du moins, en sait racheter l’infériorité par l’éclat de la discussion, le montant de la répartie, la beauté de la thèse et de l’antithèse et une charmante variété de tons, depuis la bonhomie accablante du théologien jusqu’à la sveltesse militaire ; depuis l’aplomb du grand seigneur qui badine avec la science comme il badinerait avec le ruban de son crachat, jusqu’au génie de la plaisanterie, comme l’avait Voltaire ! Malheureusement l’esprit de M. Jean Reynaud n’a pas, lui, toutes ces puissances. Il est monocorde, et la corde sur laquelle il joue n’est pas d’or. Ses longues dissertations dialoguées, que ne brise jamais le moindre mot spirituel, manquent profondément de vie, d’animation, de passion enthousiaste ou convaincue, et elles nous versent dans