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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/428

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une poussière qui ne devait pas monter jusqu’à son front. M. Pelletan nous les rappelle. Mais franchement et pour parler comme lui, est-ce avoir progressé que de nous donner sur l’origine du langage le fonds d’idée de Condillac ? sur la question du feu, d’être au-dessous de Bory de Saint-Vincent, dans un dictionnaire des sciences naturelles ? Et ainsi de toutes les questions, car nous ne pouvons qu’indiquer. Certes, c’est ici le cas ou jamais de citer le beau mot du philosophe Jacobi, qui savait, comme Pascal, ce que vaut, sur les questions premières, la philosophie réduite à elle seule : « La philosophie, comme telle seulement, disait-il, est un jeu que l’esprit humain a imaginé pour se désennuyer, mais en l’imaginant, l’esprit n’a pas fait autre chose que d’organiser son ignorance. »

Et encore y a-t-il moyen de l’organiser plus ou moins solidement, cette ignorance !… Voyez les grands esprits à système qui se mêlèrent de penser sur le développement des sociétés humaines, Aristote, Platon, Hobbes, Fichte, Hegel et tant d’autres ! aucun d’eux ne s’est contenté des généralités à fleur d’idées, et le plus souvent à fleur d’images, qui satisfont M. Pelletan dans sa recherche d’une très-difficile vérité. Ils n’ont point fait à si bon marché une philosophie de l’histoire. Leur successeur, qui avait à profiter de leurs travaux, M. Pelletan, lequel, par parenthèse, est bien pittoresque et a le sang bien chaud pour être un métaphysicien, un œil retourné en dedans, comme disait l’abbé Morellet avec une spirituelle exactitude, pose des lois absolues qu’il tire de tout ce qu’il y a de moins absolu au monde, l’analogie ; l’