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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/404

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une conscience lumineuse. Singulier revirement dont il sera l’initiative et la cause ! Quand on voudra juger définitivement désormais le gouvernement autrichien dans ses rapports avec le carbonarisme d’Italie, il faudra invoquer l’opinion de Silvio Pellico pour établir le droit de l’Autriche… Et c’est ce que les démocrates, non-seulement de l’Italie, mais de toutes les parties du monde, ne pourront jamais lui pardonner !

Ils seront plus durs pour lui que l’Autriche elle-même ! Ils ne le gracieront pas. Ils ne commueront pas sa peine. Ils n’ont pas de Plombs, ils n’ont pas de Spielberg, du moins en ce moment… Et d’ailleurs Pellico n’est plus ; mais ils sauront bien déterrer sa mémoire, pour la frapper et l’insulter. Nous l’avons dit au commencement de ce chapitre, déjà, de son vivant, ils prononcèrent le mot d’hypocrite, la meilleure injure des partis, parce que c’est la seule dont on ne puisse démontrer la fausseté aux hommes. Mais aujourd’hui, après ces lettres naïves et touchantes, plus touchantes que les Prisons et qui montrent le captif des Piombi sous ce jour nouveau de l’expiation, dissipant les clartés trompeuses d’une innocence qu’on ne pouvait pas opprimer, ils ajouteront, soyez-en sûrs, à leurs reproches d’hypocrisie, ceux de lâcheté et de trahison ! Pour eux, en effet, par ces lettres, Silvio Pellico aura trahi sa propre mémoire, cette gloire qu’ils lui avaient faite de leurs mains ! Il n’aura rien respecté de l’image qu’ils lui avaient taillée. L’Ange prisonnier de la poésie, la sainte Hostie du Spielberg, toutes ces vignettes idolâtres, tous ces romanesques culs-de-lampes qui font rêver