Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/401

Cette page n’a pas encore été corrigée


restent insolemment debout devant l’autorité, s’évaluant au même prix qu’elle, dans le plateau contraire de la balance, tous les réclamateurs de l’impunité, dans leur guerre sourde ou bruyante aux gouvernements, enfin tous les crocodiles des partis, maîtres en larmes hypocrites, mais qui savent très-bien le prix des vraies, saluèrent cette voix de Silvio Pellico et la souillèrent en y mêlant la leur, croyant, et ne se trompant pas ! qu’on pouvait un jour faire des balles avec des larmes comme on en fait avec du plomb fondu, et que c’était là un coup superbe et une magnifique recrue que d’embrigader la pitié ! Telle était la raison de notre doute, de notre peu de sympathie pour la correspondance d’aujourd’hui. Ne serait-elle que l’écho des prisons ? Silvio c’était l’agneau, non pas, certes, sans tache ! mais derrière cette touchante enseigne venait la légion des bouchers ! A son insu, nous le voulons bien, le pauvre condamné du Spielberg pouvait causer un mal horrible. Il pouvait devenir le grain générateur d’une moisson empoisonnée, le prétexte d’une prime donnée aux scélérats par les doucereux. Il mettait autour du front des boute-feux futurs une auréole mélancolique. Après la Marseillaise de la liberté, son livre était, comme l’a dit Brucker, « la Marseillaise de la miséricorde », et on comptait certainement sur celle-là pour faire lever les Révolutions de l’Avenir ! Il était donc mieux de garder le silence ; et c’est ainsi que nous avons failli nous taire sur le livre que nous vous vantons aujourd’hui !