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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/365

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On n’est pas méchant pour conserver une lettre de M. Jules Janin dans laquelle, afin de se faire accepter à la suite de la cour de Prusse, M. Janin promet d’y paraître convenable, sous un superbe habit de colonel. Ce n’est que drôle quand on pense à M. Jules Janin, qui a pris cette drôlerie à son compte, puisqu’il a écrit la lettre. On n’est pas méchant pour signaler une lettre du prince Albert, qui parle des terrasses du ciel. On n’est pas méchant pour se tromper sur le compte de M. Philarète Chasles et pour l’appeler « vulgaire dans les idées comme dans le langage », lui qui est à l’autre extrémité du vulgaire, en toutes choses ! et qui courtise parfois la prétention. Non, on n’est pas méchant pour cela, on n’est que gai, et dans le dernier cas, on l’est encore, puisqu’on fait rire, et pour le coup — fût-on M. de Humboldt lui-même — à ses dépens !

Je l’ai dit et je le répète, il est dans cette Correspondance tout entier, M. de Humboldt ! Mais, heureusement pour lui et heureusement pour nous, il y est allégé, soulagé et abrégé de cette phrase qu’il avait si longue, soit dans ses écrits scientifiques, soit dans sa conversation, parce que, rapporteur toujours, animé d’une rage synthétique, il aurait voulu faire tenir dans une seule phrase tout ce qu’il savait ; et comme ce n’était pas facile, il n’en finissait point. Il s’engorgeait de plénitude, et il paraissait un bavard immense qui stagnait, écumait, et qui ne s’écoulait pas. Malgré ce défaut qui l’a suivi partout, excepté en ces lettres, et malgré des inconvénients bien plus graves qui tenaient à de véritables indigences de cerveau, — par exemple, son manque de métaphysique et son