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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/354

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à surprise qui, lorsqu’on n’y croit qu’un seul homme, tout à coup en fait partir deux ! Ils étaient donc deux dans Humboldt !

Sous le Humboldt de la grande nature, il y avait le Humboldt de la petite et même de la très-petite, l’observateur de l’insecte humain. Après le Sage, il y avait l’Ironique, l’Ironique dont la plaisanterie, pour aller mieux à son adresse, ne craignait pas la trivialité. C’était là ce que nous espérions, mais la lecture du livre que voici a mis en déroute nos idées et nos espérances. Le Humboldt de la Correspondance n’est pas aussi nouveau que cela, ni si intéressant, ni si féroce ! Il y a mieux, en fait de malices, que les siennes. Les deux à trois jugements plus ou moins durs et comme tout le monde en prononce dans sa vie, les deux à trois jugements qu’on trouve en ces lettres intimes n’ont fait les blessures qui ont crié, que parce qu’ils venaient de Humboldt ; que parce qu’ils tombaient de très-haut !

Il n’y a guère plus haut, en effet, dans l’opinion actuelle du monde, et quand j’écris « actuelle » je sais ce que j’écris, je ne veux pas engager l’avenir. Alexandre de Humboldt est, de consentement universel, au dix-neuvième siècle, l’un des premiers hommes de ce siècle qui a encore quarante ans à vivre, et que dis-je ? dans la science, il est peut-être le premier ! En réalité, je n’affirmerais pas qu’il le fût avec la sécurité que j’ai, par exemple, quand j’affirme que Bonaparte est le premier, lui, dans l’ordre politique et militaire, et Byron dans l’ordre poétique, mais il ne s’agit pas ici de réalité, il s’agit de l’opinion et de l’empire qu’un nom a sur elle. Demandez à