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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/334

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Traité du Prince il a parlé sérieusement ou s’il a raillé ? Luther et Calvin sont des fondateurs de religion, des bâtisseurs d’église contre Rome. Ils comptent comme prêtres et non comme philosophes, mais qu’est-ce que Languet et Hotman ? Qu’est-ce que Althusius et Boshorn ? qu’est-ce même que Grotius ? qu’est-ce que Bynkershœk, ce nom qui n’est plus coassé que dans les écoles ? Voici Bacon et Descartes, il est vrai, voici Spinosa, mais le néant revient : qu’est-ce que Thomas Smith et Thomas Morus, et Sidnay, et Nedham, et Milton, Milton, comme philosophe ? qu’est-ce qu’Harrington et son Oceana ? qu’est-ce que Howell et sa Dendrologie ? qu’est-ce que Hobbes, l’enfant robuste de son système ? qu’est-ce que Ramsay ? Nous arrivons au dix-huitième siècle, dont la philosophie n’est plus qu’une négation, une critique de philosophie, qui finit et se renouvelle dans Turgot, Condorcet, Herder, Kant, et M. de Beauverger nous dit : Sieyès. M. de Beauverger a pour Sieyès une admiration très-logique et que l’on comprend très-bien, venant d’un homme qui croit que la philosophie politique est une des grandes inventions de l’esprit humain, car Sieyès est l’expression la plus concentrée, la plus immobile et la plus dure de la philosophie politique. Certes, quand on descend d’une pareille chaîne d’esprits et qu’on va d’Aristote à… Sieyès, à travers le christianisme qui de toutes les manières fut une révélation, on se demande ce qui aurait manqué à l’humanité, devenue chrétienne, quand elle n’aurait pas eu, pour tracasser ses annales, tous ces gaillards-là !

Elle serait allée son train tout de même ! Elle aurait, au