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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/325

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Seulement, pour que le coup de balai fût réel, il faudrait un autre manche que le génie de M. Comte qui, véritablement, n’est pas de longueur !

Pour caler la négation qu’il se permet, et qui a besoin de solidité, en raison même de sa masse, M. Auguste Comte a une de ces explications arbitraires et communes à toutes les philosophies de l’histoire, le seul genre de philosophie que l’on fasse maintenant !

« L’intelligence humaine, dit-il, a passé par trois états — rien de plus, rien de moins (toujours l’escamoteur !) : — l’état théologique, qui est la fiction ; — l’état métaphysique, qui est l’abstraction, — et l’état positif, qui sera la démonstration », et auquel nous sommes arrivés à grandes guides et avec M. Auguste Comte pour postillon, bien entendu ! Vous vous rappelez, n’est-ce pas ? la division saint-simonienne du genre humain en époques organique et critique ? M. Auguste Comte se la rappelle bien, lui ! si vous ne vous la rappelez pas ! Eh bien ! c’est sur cette division des trois états qu’il aperçoit successivement dans les Annales du monde, et qu’un autre historien ne verra pas et traitera de chimérique, c’est sur cette division que M. Comte appuie la négation des deux premiers états du genre humain qui ont existé, mais qui sont finis, la période de la fiction, c’est-à-dire de toutes les religions, depuis le fétichisme jusqu’à la religion positive — exclusivement, et la période de la métaphysique depuis Aristote jusqu’à Hegel… ma foi ! oui, même Hegel ! qui du moins avait une philosophie tout entière, derrière sa philosophie de l’histoire, tandis que M. Auguste Comte n’a qu’une philosophie de