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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/321

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escamoteur en second, qui ne sait rien faire revenir sous son gobelet de ce qu’il en ôte, a, pour toute baguette magique, une affirmation sans preuve, bête, en effet, comme un coup de baguette : mais en philosophie ce qu’on écarte n’est pas supprimé.

On dit bien avec l’aplomb de l’escamoteur : « II n’y a plus, en philosophie, de transcendance ; il n’y a plus que de l’immanence », la transcendance, — c’est-à-dire, pour être clair, — la difficulté dans les questions par leur hauteur même, n’en existe pas moins de toute son existence indestructible, et l’esprit humain ne se tient pas pour dit qu’elle n’est plus parce que M. Auguste Comte a soufflé. On dit aussi à toutes les pages de l’exposition de M. de Blignières : « L’homme ne peut savoir le pourquoi de rien ; le comment est seul à sa portée. » Ce n’est pas sur cette hautaine parole de M. Comte, rapportée et enregistrée par M. de Blignières et apostillée par M. Littré, que les lois qui régissent l’humanité seront changées et qu’elle se déshabituera d’aller choquer sa noble tête contre les problèmes de sa destinée, insolubles dans ce monde-ci du moins, mais que son éternel honneur est d’incessamment agiter !

Ainsi, vous le voyez, la simplification dont je parlais est assez tôt faite. C’est une suppression : voilà tout ! C’est un escamotage au profit des sciences physiques, les seules au fond qu’admette M. Comte, ce fondateur de religion nouvelle, qui est athée et qui ne reconnaît de Dieu que l’humanité. L’induction sublime qui donne Dieu en métaphysique, l’induction baconienne, la déduction de Descartes qui veut aller de