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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/317

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positive qu’il nous donne en brochure aujourd’hui et dans lesquels il se vante d’être le disciple de M. Comte, et le propagateur humble et dévoué du positivisme, dont au fond il se croit peut-être le saint Paul. Que le plus grand saint du catholicisme lui pardonne ! Il n’en sera jamais que le Considérant.

Or, précisément M. Littré est un de ces habiles dont nous parlions tout à l’heure, qui font la bonne distinction dans Auguste Comte, du fondateur de religion et du philosophe. Homme d’esprit, qui a le sentiment du ridicule, ce sentiment préservateur, M. Littré craindrait de jurer qu’il croit à l’édifice religieux et social bâti par Comte, pour abriter, sous sa coupole, les générations de l’avenir. Il est médecin. Il se connaît mieux en folies que M. Célestin de Blignières, par exemple, plus enthousiaste, plus empaumé et qui a osé (ô imprudence !) intituler son livre Exposition de la philosophie et de la religion positives, au lieu de l’appeler Exposition de la philosophie positive, tout simplement. Je sais qu’il y parie peu de cette religion, et qu’il la fond avec la philosophie dans les dernières pages de son écrit ; je sais que les grands ridicules y sont estompés, mais cependant on les y aperçoit encore sous l’estompe de précaution qui les couvre.

Et en effet nous sommes pratiques, et nous voulons être populaires ! M. Célestin de Blignières est en France le vulgarisateur philosophique d’Auguste Comte comme miss Martineau l’est en Angleterre. Il ne doit donc strictement parler que de philosophie et n’avoir pas de distractions. Dans le titre de son travail je trouve le mot expressif d’exposition abrégée et populaire.