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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/315

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et leur tunique, et ils n’ont besoin de personne pour les pousser dans ce sac-là.


II

Cette séparation très-marquée entre les Talapoins du positivisme et ses philosophes, sinon plus positifs, au moins plus rassis et surtout plus habiles, existait déjà du temps du prophète et du dieu : mais c’est depuis sa mort que cette séparation s’est énergiquement accusée, et on le conçoit. Tant que le dieu était là, il n’était pas prudent de parler de sa sagesse, car il pouvait se livrer à des incartades cérébrales nouvelles qui auraient tout déconcerté. Une fois mort, au contraire, on ne le craignait plus ; on était tranquille. On connaissait exactement le bloc de folies qu’il fallait prudemment enterrer. On tenait l’obus formidable qu’il fallait empêcher, par tous les moyens, d’éclater. Jusque-là on avait eu assez de chance. Auguste Comte n’a jamais eu la célébrité retentissante de Saint-Simon ou de Fourier. Le hasard avait épaissi autour de lui cette obscurité qui rend les hommes plus grands, quand ils sont grands, comme l’ombre fait les diamants plus beaux. Tout s’était passé d’abord dans un coin de l’École polytechnique, d’où on l’avait chassé pour cause de doctrine malséante et malsaine. Puis, dans un cercle fort étroit, on avait, pendant vingt ans, entendu cette voix âpre, obstinée, pesante, ne portant pas loin, et qui avait cependant la prétention d’instruire