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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/31

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Eh bien ! voilà le théologien dans l’œuvre duquel l’Académie des sciences morales et politiques, qui bat en ce moment, le ban et l’arrière-ban de la Philosophie en détresse, a donné l’ordre d’aller chercher un philosophe, et M. Jourdain, ce terre-neuve de l’Académie, l’a rapporté. Il nous a donné une analyse très-exacte de la théodicée, de la métaphysique et de la morale de l’illustre auteur de la Somme. Il a tourné, en homme qui comprend ces questions et ces langages, dans ce rond d’idées qui ne s’est pas élargi d’Aristote à saint Thomas d’Aquin et de saint Thomas d’Aquin à Kant lui-même.

Impossible de suivre dans un seul chapitre d’un livre comme celui-ci, le détail infini d’un travail exposé à grand’peine en deux volumes, mais ce qui résulte de ce travail, c’est l’inutilité démontrée de la peine qu’on a prise au point de vue des acquêts et des accroissements de la philosophie. Que gagnera-t-elle, en effet, à déclarer l’Ange de l’école un philosophe ?… Elle lui aura ôté ses ailes. Même saint Thomas dans le problème humain, dans l’ordre des connaissances naturelles, ne peut rien quand il s’agit d’ajouter une certitude à celles que l’esprit de l’homme craint de ne pas avoir. Pour être le docteur des docteurs, la lumière et la loi des esprits, l’autorité irréfragable, il faut à saint Thomas d’Aquin, le second Aristote, l’Église, la révélation et l’histoire, c’est-à-dire, tout ce que M. Jourdain aperçoit très-bien dans tout le cours de son ouvrage, mais dont il se détourne pour ne pas contrarier l’Académie et… manquer son prix !